2026-10-25 03:03
Un classique estampillé science-fiction mais qui est en réalité un récit qui touche surtout à la psychologie et la philosophie, n’ayant de science-fictionneux que l’opération. Le texte se concentre majoritairement sur les conséquences de cette expérience sur l’être humain-cobaye Charlie, narrateur en focalisation interne de ses pensées, réflexions et observations.
Et c’est ainsi un classique vraiment triste, qui oppose la naïveté heureuse d’une personne simple et innocente dont on se moque sans arrêt, qui ne comprend pas la méchanceté et cherche juste à être aimée, à l’intelligence prodigieuse gage d’une jalousie et incompréhension qui esseulent l’être en question et effraient le grand public au quotient intellectuel plus proche de la moyenne.
De plus, non seulement Charlie devient plus intelligent, mais il se retrouve confronté par la même occasion à la nécessité d’adapter aussi son quotient émotionnel à son âge chronologique et son quotient intellectuel augmenté. Les nouvelles interractions et relations sociales vont lui faire découvrir une nouvelle facette de son quotidien et le lecteur partage avec lui le défi qu’il doit relever. C’est comme si quelqu’un qui avait vécu seul toute sa vie arrivait subitement à New York ou une autre grande ville (l’Histoire et la littérature regorgent d’exemples de ce type).
L’expérience semble également donner à Charlie la sensation qu’il a une double identité : qui est-il vraiment ? L’ancien ou le nouveau Charlie ? L’ancien l’empêche de faire des choses, le nouveau est hanté par le premier. Ce thème de la double personnalité se retrouve d’ailleurs dans l’ouvrage de Keyes de 1981 sur Billy Milligan, un criminel schizophrène des années 70 qui avait 24 personnalités. Intéressant comme l’auteur semble captivé par le sujet...
Malgré un développement un peu long sur les acquis intellectuels de Charlie, on ne peut s’empêcher de compatir à son expérience, à s’interroger avec lui sur ce qui fait la qualité d’un être humain, s’il vaut mieux être un heureux benet qui passe à côté du monde ou un individu ayant accès à la connaissance mais conscient de la cruauté qui sévit ici-bas... Faut-il soigner à tout prix les gens diminués intellectuellement ? Dans quel état vivraient-ils le mieux ? Qui sommes-nous, grand public au QI moyen, pour prendre cette décision à leur place ?
La question très profonde de la déchéance mentale a une autre place capitale, surtout à la fin du récit : Charlie se sait condamné à revenir à son état premier et il l’associe à une forme de mort, se laisse dépérir seul dans son lit pendant des semaines en attandant la fin. Et de s’interroger également : pourquoi donner pour retirer juste après ? Ne vaut-il pas mieux ne jamais toucher à la connaissance, si c’est pour devoir lui dire au-revoir juste après ? Comment revenir en arrière quand on a connu une forme de luxe ? Comment l’accepter ?
Quant à la souris Algernon, elle a un rôle minime dans l’histoire, ce qui est plutôt étrange. Néanmoins, l’intégralité des questions philosophiques, psychologiques et éthiques soulevées dans ce livre ont de quoi émouvoir le lecteur et le faire réfléchir. L’âge de la traduction originelle de Gallet se faisant clairement sentir, il serait probablement mieux de lire la version plus récente d’Henry-Luc Planchat.
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