2026-02-17 21:14
Je reste perplexe face au succès littéraire de Choukri. J’entends bien qu’il dénonce la réalité de la vie au Maroc pour la plupart des gens de son époque, mais la qualité du texte n’est pas franchement au rendez-vous : écrit au présent, une succession infinie de phrases simples, des sauts temporels et narratifs jamais explicités... Un peu comme Kerouac dans son , on assiste à son errance dans les rues de Tanger, où alcool, fumette, pèlerinage quotidien dans des bars, recours à la prostitution et créchage partout où c’est possible remplissent son quotidien, ce qui a peu d’intérêt et ne rend pas sa personne très charmante.
Il raconte de manière décousue et quelque peu décevante car pas si détaillée que ça son parcours vers l’érudition. Il est fier de lui, de ses nombreuses lectures et rencontres parfois littéraires, mais ne s’intéresse pas à tous les cours et fait beaucoup fi de l’incroyable opportunité dont il jouit. Il est accepté dans une école pour devenir instituteur mais il ratera les examens et sera quand même placé dans une école pour enseigner. Non seulement cette histoire n’est vraiment pas très claire, mais en plus cela ne le rend toujours pas plus attrayant !! Pourrait-on arguer, pour sa défense, que son emploi malgré son manque de diplôme est une façon de montrer à quel point le système éducatif marocain de l’époque était excécrable ?? Bref... Quant à sa carrière littéraire, elle débarque presque comme un cheveu sur la soupe et n’est pas développée dans le récit, ce qui a un côté délirant.
Tanger a également une place particulière dans le récit. Nous sommes baladés dans plusieurs endroits de la côte nord, mais Tanger est au coeur de sa vie, la lui dicte, la lui impose au gré de changements. Il se place souvent en victime de l’évolution de la ville ou de sa “faculté” à attirer et héberger des prostituées. Souvent, cette victimisation où il blâme la ville de sa propre conduite est complètement lamentable.
Alors oui, vers la fin, on a une écriture plus recherchée, mûrie, qui vient sans doute avec l’âge. On comprend rétrospectivement qu’il n’a pas voulu se montrer sous son meilleur jour, préférant la vérité brute, sa vie étant certainement le reflet de ce que des millions d’autres vivaient. C’est là que le titre du livre fait sens, car on se rend compte que l’auteur prend enfin conscience de ses erreurs passées, probablement sa suffisance de jeune adulte (qu’on a tous vécue).
Au final, il aborde à coup de petites phrases seulement les privilèges sociaux ou l’indépendance. Il s’attarde plus sur la misère humaine à l’aide de portraits de personnages aux vies malmenées. Et bien sûr, il continue de parler de sa relation très conflictuelle avec son père, toujours aussi violente.
En fin de compte, on peut comprendre l’intérêt d’un tel livre sur la culture et l’histoire, vu qu’apparemment c’est l’auteur qui a le premier écrit le “Maroc vrai”, un Maroc pour une fois découvert dans d’autres pays grâce à ses nombreuses traductions. Mais il ne constitue pas spécialement une expérience de lecture agréable, surtout à cause du style.
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